Hommage à Francis Bebey

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28 Mai 2001 – 28 mai 2021, voici exactement 20 ans que Francis Bebey, l’un des plus brillants esprits de notre Histoire, nous a quittés.

Triste est de constater que cela est en train de passer presque inaperçu dans son pays le Cameroun tandis qu’ailleurs pour commémorer une telle date, on prend la peine de marquer un arrêt majeur pour célébrer les icônes à hauteur de leurs grandeurs; des émissions spéciales sont organisées autour de leurs parcours et de leurs oeuvres; des expositions, des soirées d’hommage, des cafés littéraires, des conférences sont généralement organisées pour sacraliser la date.

Mais que voulez-vous, le Cameroun c’est le Cameroun. Dans les principaux médias du pays, ce soir on va préférer accorder les tribunes aux “Nyangono du Sud”, “Tranche d’ananas” et “Grand Barack”. On va préférer les débats vaseux, rébarbatifs qui n’apportent rien! Peuple ingrat !

Musicien-auteur-compositeur de talent, écrivain de génie, parolier au style unique, Francis Bebey fait partie des pionniers qui ont ouvert la voie à toute une génération en explorant des sentiers alors inexplorés. Il fait aussi partie des fins connaisseurs des musiques traditionnelles africaines.

Éternel passionné, il embrassa avec fougue l’écriture et la musique. Il a typiquement le profil de l’artiste complet. C’est un érudit qui possède plusieurs « cordes à son art ». Francis Bebey est un pionnier éclectique qui a su allier la musique traditionnelle et la musique moderne. Il fut l’un des tout premiers à composer avec des instruments électroniques tout en alliant les sons traditionnels de l’Afrique ancestrale.

Francis Bebey est né en 1929 dans une famille pauvre du village Akwa près de Douala.

Il est initié au chant par son père qui est pasteur protestant et joue de l’harmonium et de l’accordéon. Il grandit donc au son de la musique classique occidentale (Bach, Haendel), tout en gardant une oreille attentive à l’écoute des musiques traditionnelles du terroir. Il découvre les musiques traditionnelles africaines en écoutant en cachette, Eya Mouessé, un voisin passant ses nuits à jouer de l’arc à bouche et de la harpe traditionnelle.

Son premier instrument est un banjo que lui offre son frère aîné Marcel. Francis Bebey commence réellement la musique en jouant du banjo, puis commence à s’initier à la guitare en 1947. Brillant élève, il obtient une bourse pour poursuivre ses études en France. En 1951, il arrive en France et s’inscrit à la Sorbonne pour préparer une licence d’anglais. Il fait la connaissance de Manu Dibango dans un centre de vacances réservé aux ressortissants africains à Saint-Germain-en-Laye (78). Il initie Manu au jazz et au blues. Francis quant à lui apprend à Manu quelques accords de banjo.
Ils monteront par la suite un groupe. Des années plus tard, ils collaboreront et enregistreront un disque ensemble.

Nanti de sa licence d’anglais, Francis Bebey s’envole aux Etats-Unis en vue d’étudier la communication et le journalisme. Il y compose sa première pièce pour guitare, L’Été du Lac Michigan ».
Après sa formation en communication et journalisme, il devient journaliste et reporter radio.
A l’indépendance du Ghana, il débarque à Accra pour y travailler comme reporter radio et participe au projet de création d’une radio française au Ghana. La finalité du projet est d’en faire une voix pour l’indépendance de l’Afrique. Déçu par la tournure du projet, il rentre à Paris et intègre notamment en tant que reporter la Société de Radiodiffusion de la France d’Outre-mer (Sorafom), future Radio France Internationale (RFI). Son émission, Le train du Jazz est diffusée sur toutes les ondes d’Afrique francophone au début des années 1960.

Repéré en 1961 au cours d’un colloque à Ibadan (Nigeria) au cours duquel il prit la parole pour théoriser le concept de « Musique, vecteur de développement en Afrique », il intègre l’UNESCO et y occupera le poste de directeur du Programme de la Musique pour l’ensemble des États membres de l’organisation jusqu’à sa démission en 1974. Parallèlement à sa carrière de fonctionnaire internationale, il continue à écrire des poèmes, des nouvelles et s’intéresse avec passion à la musique traditionnelle africaine.

En plus de sa casquette de musicien, l’artiste a aussi le don de faire valser les mots avec sa plume. En 1967, il publie « Le fils d’Agatha Moudio ». Ce coup d’essai se révèlera être un coup de maître. Le chef d’œuvre littéraire est couronné grand Prix Littéraire de l’Afrique noire en 1968. C’est de ce roman que naîtra sa célèbre chanson « Agatha » sortie en 1976.

En 1969, il publie « Musique de l’Afrique » (Horizon de France, Paris 1969), une étude inédite qui fait référence mais n’est aujourd’hui disponible que dans sa traduction anglaise, « African Music – A People’s Art ». Il publie aussi des poèmes (« Concert pour un vieux », « Essais pour un vieux masque »), des nouvelles (« Le petit fumeur », « Embarras et Cie »), des œuvres théâtrales (« Congrès de griots à Kankan »), des contes pour enfants (« L’Enfant pluie »), des romans (« Trois petits cireurs », « La Poupée Ashanti », « Le roi Albert d’Effidi », « Le ministre et le griot »).

En 1972, il sort son premier album, « Idiba » (avec Manu Dibango aux arrangements et Ben’s à la batterie) puis paraissent deux 45 tours : « Spirituals du Cameroun » produit par Africa sonor et « Je suis venu chercher du travail » produit par Riviera.
A la suite de la parution de « Kinshasa » et « Concert pour un vieux masque », entièrement composé de guitare instrumentale, il signe plusieurs disques sous son label : Disque F.Bebey créé en 1973 : « Ouagadougou soleil », « Something Different » et « Lagos Festival ».
En 1974, est créée en France un Secrétariat d’État à la condition féminine, ceci inspire à Francis Bebey la chanson humoristique, « La Condition Masculine » sortie en 1975. Ses chansons toujours empreintes d’un humour malicieux (« Agatha », « La condition masculine », « Divorce pygmée », « Si les Gaulois avaient su… ») lui ont valu le Prix Sacem de la chanson française en 1977.

En 1980, l’album « Le Rire africain » qui contient « Agatha » rencontre un franc succès.
Malgré le confort et les avantages que lui confère son poste à l’UNESCO, il décide de démissionner (en 1974) pour se consacrer exclusivement à sa passion musicale et à l’écriture. Il se retire dans son appartement du 13ème arrondissement de Paris qui devient son laboratoire. Dans son appartement devenu studio d’enregistrement de circonstance (home studio), il produit intégralement ses créations musicales par le biais de ses propres moyens : Il est à la fois à la composition, au chant, à la guitare, aux percussions etc.

Francis Bebey était aussi un concertiste international. Il s’est produit sur plusieurs continents et sur les plus grandes et prestigieuses scènes : Maison de Radio-France à Paris, Masonic Auditorium à San Francisco, Carnegie Hall à New York, Radio Deutschland à Berlin, musée Edvard Munch à Oslo ….

Francis Bebey | Radio Future Africa

Dans les années 1980, il siège avec Léopold Senghor au Haut Conseil de la francophonie, créé par François Mitterrand. En 1981, il est nommé président du jury des concours « Découvertes 81 » organisés par Radio France International (RFI). En 1982, le vidéogramme, Le poète qui parle avec ses doigts, lui est consacré.
Francis Bebey est l’un des rares africains traité à part entière dans la prestigieuse collection « Classique du Monde » des Editions Fernand Nathan.

En 2000, il publie son dernier album intitulé « M’Bira Dance ». Le 28 mai 2001, il est terrassé par une crise cardiaque à son domicile parisien.

Quelle est votre chanson préférée de Francis Bebey ? Quels souvenirs gardez-vous de lui ?

Voici mon hommage à Francis Bebey, vous pouvez à présent copier honteusement comme d’habitude pour alimenter vos pages, groupes et sites internet sans même me citer.

Arol KETCH – 28.05.2021

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