La place de la femme dans la République du Piment par Jeannine FOYET

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Le mot « femme » nous vient du grec phuomia qui signifie « ce qui nait », puis du latin « femina » au sens de l’être au feminin, ou « foemina » qui dérive de « foetare », « fœtus », parce que, l’écrit-on au XIXe siècle, sa destination naturelle est d’engendrer. La racine « fe » (phe) du latin fe-mina signifie « celle qui donne le souffle, la vie ». Celle qui porte le fruit de la fécondation, l’enfantement. De manière générale, la femme est donc cet être qui donne la vie. Cette mamelle nourricière autrefois au centre de toute attention valorisante se voit aujourd’hui réduite à la simple expression de sa sexualité.

Disons le, le piment ici, fait tantôt référence au sexe de la femme, tantôt à la femme elle-même et encore plus à toute forme de prostitution sexuelle. Sortie d’une société dans laquelle parler de sexe est un sujet tabou, nous pouvons marquer un temps d’arrêt pour féliciter Félix Tatla Mbetbo pour ce travail qui fait montre d’originalité. Il faut le reconnaitre, dans notre société il faut du courage et de l’audace pour parler du sexe et des ses différents usages. Nous resterons dans la logique de l’auteur pour présenter la place de la femme dans la république du piment.

La république du piment est une chronique à charge contre la gente féminine ; fillette, fille, épouse, bref ! La femme est placée au banc des accusés. Repartis en trois parties et treize chroniques, cette chronique relate les différents usages que l’humanité fait désormais du sexe féminin ici appelé piment. Comme le dit l’auteur, ce mot désignatif ou qualificatif est couramment utilisé sans que son origine ne soit établie. Ce sont les femmes ici qui payent le prix, se faisant  volontairement et/ou involontairement appelé (sur les réseaux sociaux) « petit piment », « piment doux », « piment chaud », « piment bio », « piment sucré », « le piment des grands », « piment rouge », « piment sec », « piment mentholé », « piment alcoolisé », « piment amer », « piment piquant », « piment en poudre », « piment sucré salé », « piment brute » et j’en passe. Bien de filles en font une partie de leur identité.

A la maison, les parents n’osent pas en parler avec leurs enfants même en âge adulte, les parents sont joyeux d’envoyer leurs filles en mariage, et leur réclamer des petits fils après quelques mois, tout en se refusant d’aborder avec eux le processus d’enfantement. A l’école, les éducateurs ne parlent pas de sexe, et même quand c’est le cas, le sujet est abordée de façon très superficielle pour ne pas ressentir la gêne et empêcher aux élèves de pousser leur curiosité jusqu’à un certain niveau. L’église pareillement se refuse de parler de sexe si ce n’est dans le cas d’un mariage officiel entre un homme et une femme, il est interdit de parler et de gouter au fruit défendu. Tout ceci au détriment de la jeune fille qui, abandonné à elle-même, ou encore à l’éducation que lui livre les scènes érotiques présentes dans les programmes de télévision et les différents réseaux sociaux et moteurs de recherches. Elle fait de son corps un nouveau terrain d’exploration. La jeune fille se livre à des fantasmes et plaisirs dont elle ne maitrise ni les tenants et encore moins les aboutissants.

Les jeunes sont ainsi confiés aux structures d’oubli pour parler comme Njoh Mouelle. Dans une société où les valeurs se meurent au profit du piment. La famille, l’école et l’église ont démissionné, ou mieux, esquivent l’éducation sexuelle, livrant les jeunes à des découvertes personnelles et parfois fatales et deshumanisantes. Une jeunesse qui se résume désormais à ces trois mots d’ordres : manger – boire – faire. Laissant une fois encore la jeune fille, la femme au centre, cette femme dépourvu de toutes valeurs morales, d’ailleurs, « tu veux faire la morale à qui ? », « je te gère », « c’est ton corps ? », « tu n’as pas ta vie ? » (Comme elles savent le dire). Cette femme prête à se livrer au premier venu pour une bière, un repas, quelques billets de monnaie, ou même par simple fantasme. Le sexe est devenu un moyen d’échange, il suffit de s’habiller à découvert, en exposant ses parties intimes pour s’offrir tous les services, dans les bureaux, à l’université, et que sais-je encore ? Le piment possède à lui seul, la capacité de faire tomber tous les pouvoirs et même, tous les hommes de pouvoir.

L’auteur dit à la page 42 je cite : « les filles ont transformés le campus de l’université en un marché de mode et de beauté. C’est le concours de la fille la plus sexy, dans le sens le plus sexuel du mot, leur corps devenu tout un décor. (…) il est à la fois « objet » de beauté et source de rentabilité. » Faisant allusion ici aux étudiantes prêtes à tout pour s’offrir de l’argent et mêmes des notes dites sexuellement transmissibles.  L’université tout comme les bars qui lui sont très souvent voisins, sont aussi des lieux de braderie du piment.

Contrairement à cette époque où pour « voir le slip d’une femme » permettez l’expression, il fallait savoir être patient et prêt à l’épouser, le sexe est devenu aujourd’hui une banalité, il n’a plus rien de sacrée ni de vraiment significatif. La virginité a perdu son éloge pour devenir sujet de raillerie et de toutes sortes de moqueries. Si les bons gars sont rares comme une jeune fille en « cabagondo », les jeunes filles vierges sont encore plus rares et mêmes introuvables. Celles qui font encore l’exception n’osent pas le dire en public pour éviter des regards suspects et moqueurs. Le garçon, la fille ou l’époux qui n’a qu’un seul partenaire est traité de tous les mots humiliants par tous ceux qui prônent les slogans « préservatifs zéro ; et fidélité zéro ».  On livre son corps à un inconnu, pour le plaisir, pour l’argent, pour les promotions académiques et professionnelles. Pour se sauver de l’ennui … plusieurs jeunes filles avouent qu’elles ne pensent plus que tromper son partenaire c’est aller coucher avec un autre (p48). Que ne sont-elles pas prêtes à faire de leur sexe? Elles s’offrent à dans des inconnus qu’elles attendent sur des comptoirs au bord de la route, dans des snacks bars, boites de nuits, sur les différents réseaux sociaux qui semblent être le réseau par excellence de la « pimenterie », vidéo et photos à l’appui. Le tout c’est d’attraper un « pimentriote ».  D’ailleurs pour l’auteur comme pour cette république, le piment n’est qu’un jouet, donc la femme avec.

Ce piment pique encore plus dans la bouche des artistes qui désormais ne font plus de chanson si ce n’est pour faire écho du sexe, la femme, la fête, l’alcool, termes que l’auteur range dans le champ lexical du manger, boire et faire (p67). Dans ces musiques dites populaires, la femme, porteuse de piment, est réduite au niveau de la chose, de l’animal. Elle n’est qu’un objet de plaisir, de satisfaction sexuelle, et qu’au-delà de cette fonction libidinale, elle ne sert qu’à ne servir à rien (p68). « La femme est mise à nue, sans pudeur, et le seul fait étonnant est qu’elles y adhèrent ». Si non, comment comprendre que les filles aillent elles mêmes se présenter pour apparaitre dans des clips vidéo ? Secouant leurs postérieurs mis à nu dans la plupart des cas ; donnant raison à cet artiste qui dit : « on vous traite de panthères et vous applaudissez », « on vous traite d’araignées, et vous applaudissez ». Les files semblent donc se complaire dans ce lynchage, pour reprendre les termes de l’auteur.

 

A la lecture de la République du piment, nous nous sommes livré à un petit exercice de lexicométrie qui a permit de relever l’utilisation des termes femme et fille 183 fois sur 115 pages. Les expressions utilisés dans cette société pour faire référence à la femme sont constituées de : pute, panthères, araignée, chat, chat mort, Nathalie, prostitué, petite, fille de l’heure, rombière, piment, la liste n’est pas exhaustive. Elles sont des fois comparées aux meilleurs mets que tout le monde désire déguster : pistache, haricot, gésier, koki, plat de mbongo ; « Lamborghini » (voiture), « ferrari ». Ceci nous donnes envie de nous demander si ces éléments ne trahissent pas quelque peu le coté machiste de l’auteur ?

Dans le cadre de notre analyse, s’il existe une république du piment c’est qu’il existe forcément des « pimentriotes », mais l’auteur n’insiste pas beaucoup sur les hommes, on se demande alors qui consomme ces plats de piment chaud qu’elles offrent à volonté ? A qui profite le crime ?

Accusé levez-vous!!! Dans cette république du piment, la femme est accusé, coupable de son sexe. Peut être c’est le lieu ici de lui donner la parole pour se défendre, ou encore lui donner la possibilité de prendre un avocat. Au début de mon propos, j’ai rappelé la signification du mot « femme », celle qui donne la vie, en pénétrant la république du piment, retrouve-t-on encore cette femme source de vie ?

Pour sortir, l’auteur rappelle cette république à l’ordre. « La vie n’est pas que jouissance ». La vie est la manière avec laquelle nos actions apparaissent du devant des gens. Ce qu’ils retiendront de nous. L’homme est d’abord esprit et âme avant d’être chair et os.  La société doit prendre ses responsabilités, apprendre aux gens à faire usage d’autre chose que de leur corps, qu’ils cessent de penser que c’est tout ce qu’ils ont. L’auteur indique donc une voie de sortie qui est de : « défricher les champs nouveaux et donner les outils à chacun pour semer sa propre plante, l’arroser, l’engraisser, afin qu’il puisse porter les fruits. A la fois pour notre temps et les temps qui viennent » (p115).

Jeannine FOYET

Linguiste, Critique littéraire

 

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  1. Repensé le système d’éducatif serait nécessaire en parlé plus de sex avec nos jeunes fille des le bas âge faire comprendre aux parent quand parlé les plus souvent avec leur enfants les elogneraient de la dérive très belle chronique jannyne foyette

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